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Variations ironiques sur le triste regret de Lessia
Le regret raconte l'histoire d'une jeune fille de famille ambitieuse qui se marie à un riche prince, se retrouve veuve et pauvre puis dame de compagnie d'une riche baronne acariâtre avant de la tuer en signe de désespoir : une histoire pleine de regret comme on voit, à l'époque où l'ambition de la femme c'est encore le mariage. On est dans un monde de femmes finalement, avec des hommes déjà bien effacés (le père, le mari...) et d'ailleurs endettés. Les créanciers sont là pour le leur rappeler dans une atmosphère de crise aristocratique et même bourgeoise. Tout le monde ne comprend pas l'économie moderne et la notion de budget, la gravité de l'endettement et l'art d'économiser à l'ancienne...
Tetyana m'avait raconté (présenté plutôt) cette histoire et je lui avais demandé alors de la traduire, alors que je relisais Maupassant par des nuits d'insomnie. Car cette fin du dix-neuvième siècle contient en germe toute notre époque : Nietzsche et Maupassant, Wilde et Tchékhov vous le confirmeront. La modernité est entrée dans une guerre d'usure interminable avec nos nerfs.
Vers 1890, le penseur australien (mais oui !) Pearson explique dans son flamboyant chapitre sur le déclin du caractère que nous allions affronter moins le déclin de l'occident ou le fardeau de l'homme que celui de notre personnalité (the Decay of Character) ; le déclin va se marquer comme dans la nouvelle de Lessia par celui de la musique ou de la poésie. On oublie le piano, la tragédie, la poésie lyrique... Et Lessia qui était une personnalité époustouflante dotée du don des langues, de la philosophie, de la musique et de la broderie, ironise un peu dans cette atmosphère de bourgeois confiné et de théâtre accablant.
Dans la nouvelle Sophia (son personnage donc) apparait comme un personnage ambitieux et peu sympathique : on est déjà dans l'Homme ou la Femme sans beaucoup de qualités. Mais elle réussit son coup comme on dit et épouse (pardon, se tape), un prince d'un certain âge mais fauché (elle ne le devine pas) et moribond qui meurt d'asthme bientôt. On entre alors dans une atmosphère de cauchemar. Notre fille brillante et encore princesse toute fraîche va se retrouver - alors qu'elle n'est faite pour aucun travail finalement, comme beaucoup d'entre nous... - dame de compagnie de la baronne, une abominable femme des meubles et des villes d'eaux ! Ici en lisant cette partie du texte j'ai pensé moins à Maupassant qu'à Sartre : l'enfer et le fardeau, c'est les autres, surtout si on est pauvre, et qu'on doit se les taper. N'aurait-il pas mieux valu un petit job salarié que ce huis clos à deux avec témoins souvent sadiques et sardoniques ?
Le cauchemar comme dans le Procès ne peut se terminer que par la mort et par le drame. On vous laisse découvrir et surtout savourer cet enfer tragi-comique.
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